Le rythme du 500 mètres : Ellia Smeding à Milan
Aujourd'hui, dimanche 15 février 2026, le monde du patinage s'arrête un instant pour le 500 mètres dames à Milan. Dans le stade Rho Fiera Milano, la Britannico-Néerlandaise Ellia Smeding fait son retour sur la glace pour la distance de sprint la plus courte. Si vous m'aviez demandé il y a trente ans ce que le patinage avait à voir avec la danse, je vous aurais peut-être regardé d'un air interrogateur. Mais après trois décennies dans le monde de la danse, je vois des parallèles partout. La façon dont Ellia aborde le virage n'est rien de moins qu'une chorégraphie parfaitement exécutée à toute vitesse.
Selon le programme officiel de British Ice Skating, c'est un moment crucial pour le patinage de vitesse britannique. Ellia n'est pas seulement une athlète ; c'est une pionnière qui hisse à elle seule ce sport vers de nouveaux sommets au Royaume-Uni. Pour nous, aux Pays-Bas, elle est un visage familier car, bien qu'elle concoure pour l'équipe GB, sa base se trouve simplement à Heerenveen, en Frise.
La technique derrière l'explosivité
Dans le monde de la danse, on parle souvent d'ancrage ('grounding') et de transfert de poids. Lors d'un sprint de 500 mètres sur glace, on voit cela sous sa forme la plus extrême. Le départ d'Ellia est comparable à l'explosion d'un danseur qui entame un saut à partir d'un plié profond. Tout se joue dans les trente premiers mètres. Si le timing n'y est pas, le reste de la course est une bataille perdue contre la montre.
Ce qui rend Ellia si intéressante pour nous, experts du mouvement, c'est sa capacité à combiner la force avec une souplesse presque fluide. Dans une récente interview avec FilmoGaz, elle a indiqué vouloir faire connaître davantage ce sport en Grande-Bretagne. Elle le fait en montrant que le patinage est plus que de simples coups de patins puissants ; c'est une discipline technique où chaque millimètre compte, tout comme nous en avons l'habitude dans une combinaison de salsa précise.
D'Oxford à Thialf
Le parcours d'Ellia Smeding se lit comme une histoire singulière. Née à Oxford en 1998, elle a déménagé aux Pays-Bas à l'âge de huit ans. Cela explique pourquoi elle a cette école de patinage typiquement néerlandaise dans les jambes, mais la combativité britannique dans le cœur. Elle s'entraîne depuis des années dans le temple du patinage Thialf, où, avec son partenaire Cornelius Kersten (qui patine également au plus haut niveau), elle a tracé son propre chemin en dehors des grandes équipes commerciales.
Je me souviens encore de l'époque où les patineurs de vitesse britanniques n'étaient pas vraiment pris au sérieux. Ellia a complètement renversé cette image. Elle montre qu'avec de la passion et la bonne base technique – qu'elle a assimilée aux Pays-Bas – on peut arriver n'importe où. C'est cette même mentalité que je vois chez les danseurs qui, partis d'un petit studio de village, finissent sur les grandes scènes d'Amsterdam ou de Rotterdam.
La mentalité 'Brew 22'
Une chose que beaucoup de gens ignorent, c'est qu'Ellia et Cornelius ont créé leur propre marque de café, nommée Brew '22. Cela en dit long sur sa discipline. Le sport de haut niveau est une existence solitaire et, financièrement, c'est un véritable défi pour un patineur britannique. Au lieu de se plaindre, ils ont trouvé un moyen de financer leur rêve. On retrouve cet esprit d'entreprise dans son patinage : elle n'attend pas les conditions parfaites, elle les crée elle-même.
Pendant ces Jeux Olympiques d'hiver à Milan, la pression est énorme. Le 500 mètres est une distance de moins de 40 secondes. Un faux pas, une hésitation dans le croisement en virage, et c'est fini. Cette concentration est admirable. Durant mes années en tant que coach de danse, j'ai vu de nombreux talents succomber à la pression d'un jury ou d'un large public. Ellia semble toutefois s'épanouir à mesure que la glace devient plus glissante et que les enjeux augmentent.
Ce que nous, danseurs, pouvons apprendre d'Ellia
Vous vous demandez peut-être ce qu'un danseur de salsa ou de salon peut tirer des performances d'une patineuse. En fait, énormément. Regardez la stabilité du tronc ('core stability') d'Ellia pendant sa course. Le haut de son corps est pratiquement immobile, tandis que ses jambes font le travail brut. C'est exactement ce que nous appelons l''isolation' dans le monde de la danse.
En plus de cela, il y a le timing de la poussée. Trop tôt et vous perdez de la puissance, trop tard et vous perdez de l'adhérence. C'est la même sensation que de trouver la 'clave' dans la musique. Une fois que vous avez ce 'flow', tout semble couler de source. Ellia montre à Milan que le sport de haut niveau est un art. Que vous soyez sur des lames ou sur des semelles en daim, les principes de base du mouvement et du dévouement restent les mêmes.
Le programme à Milan
Aujourd'hui est une journée chargée pour l'équipe GB. En plus d'Ellia sur le 500 mètres, nous voyons également Ana Vaipan-Law et Luke Digby en action en patinage artistique (épreuve par couples). C'est une journée magnifique pour le patinage britannique, où la précision technique des sprinteurs et l'expression artistique des patineurs artistiques se rejoignent.
Milan constitue un décor plein d'ambiance pour ces performances. La ville de la mode et du design respire maintenant le sport pur. Pour Ellia, c'est le moment pour lequel elle s'est entraînée pendant des années dans l'ombre à Heerenveen. Pas de paillettes, pas de glamour, mais juste un travail acharné sur la glace du Rho Fiera. Et c'est exactement l'attitude que j'aime : parler avec ses pieds (ou ses lames), et laisser le reste au jury et au chronomètre.